Présentation historique de la guérilla

Le mot guérilla est emprunté à l’espagnol guerrilla. Selon le dictionnaire Larousse, ce terme désigne :

  • Forme de guerre caractérisée par des actions de harcèlement, d’embuscades ou de coups de main.
  • Groupe de soldats armés légèrement et chargés de harceler l’ennemi.
  • Combat mené par des groupes clandestins et caractérisé par des actions ponctuelles en vue de déstabiliser un régime : Guérilla urbaine.
  • Attaques continuelles, harcèlement : La guérilla parlementaire de l’opposition.1

A l’époque moderne, la guérilla se distingue du terrorisme par le fait qu’elle ne vise pas la population civile. De plus, les tactiques de guérilla se retrouvent utilisées dans un certain nombre d’insurrections (Action de s’insurger, de se soulever contre le pouvoir établi pour le renverser2) . C’est pourquoi se sont développées des techniques de contre-insurrection et de contre-guérilla sans beaucoup de distinction entre les deux termes.

De nombreuses personnes assimilent la guerilla à un mode de combat assez récent. Pour autant, il n’en est rien. Cette forme de guerre ne date pas d’hier. D’ailleurs l’empereur byzantin Nicéphore II Phocas, qui régna au Xème siècle, rédigea un traité sur les tactiques de guérilla (De velitationne) telle qu’elle furent pratiquée par ses prédecesseurs. A son époque, il n’est plus tant question de guérilla que de grandes guerres plus « traditionnelles ». Mais, avant lui, face à un Islam conquérant, la guérilla fut utilisée comme une tactique défensive permettant de résister aux Arabes.

Son traité se veut surtout la retranscription de règles tactiques jusqu’ici transmises oralement. Ces règles telles qu’elles sont édictées proviennent d’une expérience passée sur le terrain et varient selon les circonstances. La guérilla telle que Nicéphore II Phocas la présente s’éloigne déjà des grandes guerres pour préférer une défense faite entre autres d’embuscades, de harcèlement et de propagande idéologique et religieuse.3

Ainsi, même si les tactiques de guérilla ont été tout particulièrement utilisées au XXème siècle, ses racines sont finalement assez lointaines.

Sans remonter aussi loin, il faut noter que, lorsque la guerre du Rif éclate, les Espagnols et les Français ont une expérience historiquement récente de la guérilla, même si assez différente.

Le phénomène de la guérilla a pris de l’importance avec les guerres de la Révolution française et du Premier Empire.

Pour autant, il est important de noter auparavant que la France a déjà connu quelques mouvements de guérilla. Notons par exemple la guérilla corse qui eut lieu aux environs de 1769 et qui remporta plusieurs succès face à l’armée française.4

Pour revenir à la Révolution Française, celle-ci a enclenché un processus politico-militaire de guerre totale au printemps 17925. En réaction, différents mouvements vont utiliser ces tactiques de la guérilla.

En 1793, une insurrection secoue l’Ouest de la France, en Vendée et en Bretagne. Les tactiques de la guérilla sont d’abord utilisées par les Chouans puis par les Vendéens. C’est dans ce contexte que la nouvelle République française expérimente alors les pires techniques contre-insurrectionnelles. Les colonnes infernales de Turreau n’en sont qu’un exemple.

Par la suite, plusieurs autres mouvements de résistance vont s’opposer aux projets révolutionnaires français et à son armée conquérante. Un certain nombre utilisèrent sur des durées plus ou moins longues des tactiques de guérilla.

Citons pour exemple la Guerre des Paysans ou Boerenkrijg, qui éclate en octobre 1798, en Flandre, dans la région liégeoise et au Luxembourg, suite à l’invasion et l’annexion des Pays-Bas autrichiens. La technique de guérilla fut utilisée au Luxembourg.6

Les résistances populaires sont légions à cette époque. Outre les Vendéens et les Chouans, ainsi que les paysans « belges », en quelques années l’armée française fait face aux « barbets niçois et piémontais entre 1792 et 1801 », aux « mamelouks, paysans et citadins égyptiens en 1798-1799, montagnards suisses, « Viva Maria » toscans et sanfédistes napolitains en 1799, métis et esclaves révoltés de Saint-Domingue entre 1801 et 1803… »7 Autant d’expériences contre-insurrectionnelles auxquelles fait face l’armée française.

Cependant, la Campagne d’Espagne menée sous Napoléon Bonaparte constitue un point important de l’histoire de la guérilla. En Espagne, l’armée française fait face à la guérilla et ses guerilleros, qui furent à l’origine du terme actuel de « guérilla ». Si l’armée vint à bout des précédentes insurrections, celle-ci la mit en échec.

Cependant, diverses méthodes contre-insurrectionnelles sont mises en avant dans cette expérience militaire. Il en est ainsi de « l’entreprise de pacification menée par Suchet en Aragon entre 1809 et 1811 », de « Manhès dans les Abruzzes et en Calabre (1810-1811) ou Soult en Andalousie (1810-1812). »8

Ces expériences métropolitaines ont un lien direct avec l’histoire du Maghreb. Prenons le cas de Suchet. Son influence se fait sentir « sur la conquête de l’Algérie puis sur tous les épisodes coloniaux du dernier tiers du XIXe siècle ». Le 3ème corps d’armée de Suchet compte dans ses rangs « Valée, ancien commandant de l’artillerie du 3e corps, futur maréchal puis gouverneur de l’Algérie après la prise en 1837 de Constantine ; Bugeaud, qui lui succède, modeste capitaine sorti du rang au début de la guerre d’Espagne, lui aussi futur maréchal et gouverneur de l’Algérie de 1840 à 1847. »9

Les méthodes contre-insurrectionnelles se transmettent sur le territoire africain.

Pourquoi cet historique est-il aussi important à avoir en tête ? Parce qu’il permet d’éviter l’anachronisme considérant les méthodes anti-insurrectionnelles comme propres aux guerres de décolonisation.10


1 Dictionnaire de français Larousse en ligne, 2016

2 Dictionnaire de français Larousse en ligne, 2016

3 Gilbert Dargon et Haralambie Mihaescu, Le Traité sur la guérilla de l’empereur Nicéphore Phocas, CNRS Editions, 2011, 372 p.

4 Armstrong Starkey, War in the Age of Enlightenment, 1700-1789, Westport, Conn., Praeger, 2003, pp. 154-156 in Bruno Colson, « Napoléon et la guerre irrégulière », Stratégique, , no 93-94-95 96, pp. 227 258.

5 Jean-Marc Lafon, Cercle d’Etude académique de Défense, Mende, 1911, p. 1.

6 Patrick Weber, La grande histoire de la Belgique, EDI8, 2016, 328 p.

7 Jean-Marc Lafon, Cercle d’Etude académique de Défense, Mende, 1911, p. 3.

8 Ibid., p. 1.

9 Jean-Yves Puyo, « Les expériences de Suchet à l’Armée d’Aragon et leur influence sur l’action de Bugeaud en Algérie », Revue du Souvenir Napoléonien, no 439, Mars 2002, pp. 42 51.

10 Jean-Marc Lafon, Cercle d’Etude académique de Défense, Mende, 1911, p. 2.