Les pseudos-victoires de l’armée espagnole précédant le désastre d’Anoual

Au sortir de la première guerre mondiale, des rumeurs courent en Espagne et en France sur une possible cession de la zone marocaine sous protectorat espagnol aux Français, en échange d’une compensation financière. Selon Jacques Frémeaux, le 19 novembre 1918, le comte Romanones, avec l’aval du roi Alphonse XIII, a proposé « de vendre les droits de l’Espagne sur le Rif et Tanger pour 1 300 000 francs » aux Français.1 Cette proposition donne corps aux suppositions les plus folles et celles-ci vont bon train dans les régions concernées. Début 1919, ces rumeurs vont d’ailleurs jusqu’à prétendre à une vente contre la somme d’un milliard de pesetas, comme le mentionne María Rosa de Madariaga2.
Si le projet existe à cette période, il n’est cependant pas très longtemps envisagé par les autorités concernées, que ce soit côté français ou espagnol. En effet, cette cession entraînerait un certain nombre de difficultés majeures. Elle risquerait notamment de créer une crise franco-britannique, le Royaume-Uni refusant de voir Tanger aux mains des Français. Mais l’Espagne serait elle aussi confrontée à de graves répercussions sur le territoire métropolitain : cette vente mettrait non seulement l’ensemble du gouvernement espagnol en danger mais également l’essence même de la monarchie républicaine espagnole.
Il n’en demeure pas moins que ces rumeurs entraînent un état d’incertitude sur l’avenir du protectorat espagnol, surtout dans toute la zone sous mandat espagnol. La famille d’Abdelkrim s’en inquiète, car elle sait que si cette cession a effectivement lieu, cela apporterait de graves problèmes dans la zone du Rif. Le soutien de la famille Abdelkrim aux Allemands pendant la guerre est évoqué mais surtout les Français ont les moyens économiques et militaires pour conquérir tout le Rif.3

C’est dans ce contexte que, en 1919, Damaso Berenguer s’installe à Tetouane en tant que haut commissaire au Maroc, avec une obligation de résultat. En attendant d’être en position d’attaquer le rif central, qu’il juge pour l’instant impénétrable, il préfère se lancer dans la conquête du pays des Djebala, à l’ouest de la zone espagnole. En octobre 1919, Tétouan est dégagée de l’oppression des tribus soulevées par Raissouni, l’ex-allié des Espagnols, le couloir maritime vers Ceuta est sécurisé, la liaison avec Larache est rétablie.
Le 29 janvier 1920, un émissaire de la tribu des Aït Ouriaghel se présente chez le consul britannique à Tanger en demandant la protection de la Grande-Bretagne. Il l’informe que les Riffains refusent et la présence espagnole et la présence française. Il lui dit également que, si les britanniques n’interviennent pas, les Riffains n’auront d’autre solution que de lutter pour l’indépendance. Le Consul répond par la négative à cette demande. Il répond à l’émissaire que la Grande-Bretagne n’a pas l’intention d’intervenir dans le Rif et que, dès lors, l’unique chemin pour éviter un bain de sang inutile est de négocier et parvenir à un accord avec les Espagnols. Il appuie par ailleurs cette option en indiquant que les Espagnols font actuellement des réformes générales dans la région.4
Quelques semaines après, le général Silvestre, proche du roi Alphonse XIII et partisan de la manière forte, est nommé au poste de commandant général de Melilla, succédant au général Aizpuru. Il relance les opérations militaires en direction du Rif central et dirige les troupes militaires vers celui-ci. A la fin du mois de février 1920, la Oficina de Asuntos Indígenas5, dirigée par le colonel Moralès, conclut qu’il est important de contrôler la zone de la tribu des Tafersit car c’est à partir de cette zone qu’il sera possible de conquérir et occuper le territoire des Beni Said.6 La colonne menée par Silvestre avance dans cet objectif.
La politique espagnole, l’avancée de Silvestre, le refus d’intervenir dans les affaires hispano-rifaines du Royaume-Uni et le contexte générale font comprendre très rapidement aux Beni Ouriaghel qu’ils ne pourront pas compter sur l’aide du Royaume-Uni mais surtout que la seule option qu’il leur reste en réalité est celle de commencer à se préparer pour faire face à l’offensive de Silvestre.
Dans le but de contrôler l’Oued Kert, Silvestre décide d’attaquer le pays des Metalsa en mai 1920. Il prend très rapidement le contrôle de la zone, en déployant des moyens logistiques et humains importants et alors que la région doit faire face à la famine.
Dar Driouch dans la partie nord de la tribu des Metalsa (Ibdarsen) est occupé le 15 mai 1920 et le commandement général de Melilla choisit d’y établir un « centre d’influence politique » sur les tribus du Haut Kert.7
Silvestre continue son avancée assez facilement jusqu’en zone Beni Saïd, enfonçant le front de 40 kilomètres en à peine quelques semaines. Les opérations militaires sont accompagnées d’un « travail politique » afin de ralier les tribus à l’Espagne.8 Les forces espagnoles obtiennent le contrôle des 2 rives de l’Oued Kert, au coeur du Rif et la soumission des tribus les unes après les autres. Le déroulement de cette avancée est présenté par l’armée espagnole comme la succession de victoires faciles et rapides.

Le 31 août 1920, un nouveau corps militaire, sur le modèle de la légion étrangère française et basé sur le volontariat étranger, est créé par le lieutenant-colonel José Millan Astray. Le Tercio de Estranjeros voit donc le jour en pleine conquête rifaine et Millan Astray choisit pour le seconder le commandant Francisco Franco, qui a déjà une certaine expérience du Maroc.

Le 20 septembre 1920, l’armée lance une offensive en direction de Chefchaouen, au pied des monts Kelaa et Meggou. Le 13 octobre 1920, elle occupe la ville. Mais cette occupation se fera sous le harcèlement constant des combattants des tribus alentours.9

En octobre 1920, après un « ralentissement » des opérations, Silvestre demande l’autorisation à Berenguer de poursuivre son avancée militaire dans le territoire des Beni Saïd et des Beni Oulichek impatient de poursuivre son avancée. A cette époque, la soumission de la tribu des Beni Saïd était essentielle pour l’avancée du général Silvestre et la soumission des autres tribus du Rif central.
Silvestre finit par avoir le feu vert du gouvernement. Au début du mois de décembre 1920, il relance donc les opérations militaires chez les Beni Said et les Beni Oulichek. L’armée du général Silvestre soumet jour après jour le territoire, dans une « marche éclair ».
Le 5 décembre, l’armée occupe Ben Tieb et Souk-el-Arba’a, le 6 décembre, Nador de la région des Beni Oulichek10 et Halaur, le 7 décembre, Ichtigen après la soumission de Bou Rahaïl. Le 8 décembre, les Espagnols passent Tougountz et Ajdir Asous, où ils reçoivent la soumission de Kaddour Na’amar, un chef des Beni Said particulièrement influent. Le 9 décembre, les militaires occupent Sidi Abdallah, le 10, Tizzi Innouren et, Dar Quebdani où toutes les autres fractions des Beni Saïd se soumettent. Le 11 décembre enfin, les Espagnols sont au sommet du mont Maouro.11

Pendant cette progression rapide des Espagnols, une dépêche intéressante est adressée par le vice-consul britannique à Tétouan, Atkinson, au chargé d’affaires de Grande-Bretagne à Tanger, A.K. Clark Kerr, le 14 décembre 1920. Celle-ci indique :

Les nouvelles plutôt optimistes qui couraient cet été sur les perspectives de récoltes dans les tribus non soumises ont été démenties par les faits. A cause des mauvaises récoltes, il y a dans toute la zone une telle famine que plusieurs cas d’empoisonnement par la consommation de racines vénéneuses se sont produits. Un exode sans précédent des habitants a eu lieu. Un grand nombre de Riffains – hommes et femmes – sont arrivés à Tétouan à la recherche d’un travail et plusieurs centaines d’hommes se sont enrôlés dans les troupes indigènes. Les Espagnols ont profité de cette situation favorable pour avancer vers les tribus de Beni Oulichek et Beni Saïd.

En quelques lignes, cette dépêche touche du doigt plusieurs problématiques négligées par les Espagnols. L’avancée de l’armée espagnole est énormément facilitée par la famine qui règne dans le Rif. Cette famine est importante pour plusieurs raisons. Tout d’abord, elle crée un affaiblissement de la résistance en diminuant tout simplement le nombre de personnes en état physique de combattre. Ensuite, elle oblige de nombreuses personnes à se consacrer prioritairement à la recherche de moyen de subsistance pour elles-même mais aussi leur famille. Pour cela, de nombreuses personnes sont dans l’obligation de quitter la région pour trouver du travail et donc des revenus ailleurs. La dépêche adressée à Atkinson mentionne l’arrivée massive de Riffains à Tétouan, mais il en est de même dans de nombreux autres endroits, et notamment dans en zone française. De plus, cette famine pousse à accepter l’argent des Espagnols, qu’ils distribuaient dans le but d’attirer les chefs et notables riffains à leur cause, dans une « action politique préliminaire ».
Cette famine justifiant l’avancée des Espagnols va avoir également un autre impact important dans les mois à venir. De nombreux Riffains se sont engagés dans l’armée espagnole. Mais cet engagement est essentiellement pragmatique, causé par la nécessité et l’extrême besoin dans lesquels se retrouvent de nombreuses familles. Pour beaucoup, il ne s’agit pas d’un engagement qu’il serait possible de qualifier d’entièrement volontaire ou même de complet, encore moins d’un engagement par conviction, mais plutôt d’un engagement de survie. Ce simple fait laisse entrevoir l’étendue du désastre qui se profile à l’horizon. Cependant, tous ne s’engagent pas par nécessité. D’autres motivations existent. Ainsi, certains s’engagent pour avoir une arme ou un entraînement militaire, d’autres encore pour le prestige…
De plus, la famine a fait que beaucoup de riffains n’avaient plus rien à perdre.

Pour en revenir à l’avancée espagnole, à la fin de l’année 1920, l’armée a obtenu la soumission des Beni Said et de la partie orientale des Beni Oulichek. Suite à ces soumissions, l’armée espagnole n’est séparée de la tribu des Temsamane que par une crête et en janvier 1921, presque tous les principaux dirigeants de la tribu des Temsamane se présentent devant le colonel Moralès.12 Le général Silvestre profite alors de la situation pour établir toute une série de positions militaires dans la région.

Le 10 janvier 1921, Berenguer écrit à Silvestre :
« Je pense que la situation de ces tribus, fort épuisées par la résistance et qui se trouvent dans un état critique à cause de la famine dont souffre tout le Rif, te permettra encore de faire avancer davantage nos lignes… »13
Au delà du problème de la famine qu’elles confirment, ces quelques lignes indiquent que l’armée n’a apparemment pas vu dans ces faits un danger mais bien un moyen de parvenir à ses fins. Ajoutées à l’étude de la façon de procéder de l’armée espagnole dans les années précédentes, ces lignes constituent par ailleurs un véritable indicateur quant à la politique espagnole menée dans la zone du Rif.
De plus, elles indiquent que, s’il n’est donc jamais véritablement question de victoires militaires à proprement parlé, l’armée espagnole est à la fois consciente des faits mais inconscientes quant aux conséquences de ces faits, même si cela peut sembler paradoxal. L’armée se laisse aveugler par les soumissions en nombre et son avancée rapide, considérant cela comme une grande victoire. Le général Silvestre ressort auréolé de gloire de ces opérations et la presse espagnole parle abondamment des exploits de ce dernier.

Le 15 janvier 1921, les troupes espagnoles prennent position dans une zone de ravins profonds portant le nom d’Anoual.

Le territoire des Beni Oulichek est entièrement occupé fin janvier 1921.14
Dès lors, la prochaine étape dans son plan est la soumission des tribus de la baie d’Al Hoceïma (Temsamane, Beni Touzine, Ben Ouriaghel), afin de mettre fin à toute résistance rifaine dans la baie.

En parallèle, toujours en janvier 1921, dans le rif central, la résistance s’intensifie chez les Beni Ouriaghel. Les populations commencent à se préparer à faire face à l’offensive espagnole. Une confédération de tribus voient le jour, formées par les Beni Ouriaghel, Bokouya, Beni Bu Frah, Beni Iteft, Zarkat et Targuist, et forme une force assez importante pour s’opposer à l’avancée de l’armée espagnole.15

De son côté, Berenguer, qui envisageait à l’origine une conquête graduelle et progressive de l’espace riffain voit les régions tomber les unes après les autres. L’avancée rapide de Silvestre inquiète Berenguer, qui l’estime imprudente. La progression de l’armée reste limitée sur les côtes, et ce, malgré la levée de l’embargo imposé à la population et l’annulation des restrictions d’importation des biens alimentaires, ce que les Espagnols considéraient comme un geste et une preuve de bonne volonté de leur part.16 La priorité de Berenguer reste le front atlantique et la réduction de Raissouni. De plus, les pluies sont revenues et la moisson prochaine promet d’être particulièrement bonne, ce qui réavantagera les tribus riffaines jusqu’ici affamées. Au final, il hésite donc à suivre Silvestre dans ses conquêtes.
C’est pourquoi fin mars, début avril 1921, Berenguer rend visite à Silvestre pour constater lui-même la situation à laquelle fait face ce dernier dans le rif central. Lors de cette visite, Silvestre réussit à convaincre Berenguer de la possibilité de conquérir définitivement la baie d’Al Hoceïma. Ce dernier valide donc la poursuite de la conquête.

Le 13 avril 1921, les chefs des fractions des Beni Ouriaghel se réunissent dans le souk de Buafit.17 Ils décident d’interdire aux notables de rencontrer Berenguer et d’infliger des amendes.Le 13 avril, un bombardement d’artillerie est lancé depuis l’île fortifiée de Nekkour, dans la baie d’Al Hoceïma, en direction du marché d’Ajdir. Ce bombardement fait peu de victimes mais déclenche une émotion très forte chez les Riffains qui prennent la décision de réagir. Abdelkrim, entouré des harkas de sa tribu, riposte à coups de fusils en direction de l’île d’où provenait le feu.
Il est intéressant de noter que ce bombardement devait être utilisé par les Amis de l’Espagne comme prétexte pour soulever leur troupe contre les rebelles mais ils ne l’ont pas fait, tétanisés par la peur, et sont donc mis à l’amende par les Espagnols….
Berenguer et Silvestre ne tiennent pas compte de cette réaction d’hostilité, qui démontre pourtant que les Beni Ouariaghel ne sont pas prêts à faire acte de soumission.
Fin avril, suite au bombardement, une cinquantaine de chefs Riffains des tribus Beni Ouariaghel, Temsamane, Beni Touzine, Beni Bou Yahi, Bekkoya, se réunissent au Djebel El Qema et élisent Abdelkrim comme chef.
A cet instant, Abdelkrim continue de négocier avec les Espagnols dans le but de trouver un terrain d’entente, notamment par l’intermédiaire du colonel espagnol Morales, dont il avait été très proche. Mais il refuse l’exploitation des mines. De plus, il estime qu’il n’est pas judicieux de laisser les Espagnols entrer dans le Rif et il pense que les armes sont le seul moyen de faire partir les Espagnols du Rif. C’est pourquoi par ailleurs il interdit donc aux tribus d’être consilliantes avec les Espagnols et les personnes ayant déjà rencontré Silvestre en mars pour négocier l’exploitation des mines se voient infliger des amendes.

La priorité de Berenguer reste la réduction de Raissouni, alors caïd des Jbalas. Silvestre continue sa conquête de son côté et prépare l’attaque des tribus de la baie.

Fin mai ou début juin 1921, une délégation de notables de la tribu des Temsamane partent à la rencontre des Espagnols à Anoual et leur demandent de venir à Abarran. Abaran est un mont situé à une douzaine de kilomètres environ en avant du poste d’Anoual. Il domine la baie d’Al Hoceïma et le bassin d’Ajdir, au coeur du territoire des Beni Ouaraghiel et fait face au en face du Djebel el Qama. A cet instant, les combattants riffains originaires de la région sont absents de Qama et il n’y reste que quelques personnes restées pour monter la garde. Silvestre accepte la proposition sans consulter Berenguer et, rapidement, l’armée mobilise ses forces pour sécuriser le chemin.
Les combattants riffains restés à Qama remarquent les mouvements de troupe des Espagnols. Trop peu nombreux pour agir contre l’armée, ils donnent l’alerte en allumant un « feu d’alarme ». Les combattants riffains, voyant ce feu, reportent la réunion qui les avait fait quitter les lieux. Ils se hâtent de revenir et se préparent à réagir « militairement » contre les Espagnols, en l’absence même d’Abdelkrim. Les Espagnols ont cependant eu le temps de prendre position sur le mont Abarran et de le fortifier en un poste militaire.
La nuit passée, au matin, les Espagnols, n’ayant subi aucune attaque, pensent qu’il n’y a aucun risque. L’armée décide donc de laisser environ 500 soldats, dont de nombreux regulares18, dans le poste et de repartir avec le reste des forces en direction d’Anoual. Une fois l’armée espagnole arrivée à Anoual, le soleil haut dans le ciel, les Riffains encerclent le poste et attaquent.
Le poste tombe rapidement. Les Riffains récupèrent du matériel en quantité considérable (munitions, mitrailleuses…).19
Cette victoire de la rébellion a une grande répercussion psychologique sur l’ensemble de la population locale, et elle joue un rôle important sur la résistance à venir dans le Rif.
Il faut d’ailleurs remarquer que cette bataille est ancrée dans la mémoire rifaine et que les Rifains se transmettent encore aujourd’hui cet événement à travers les chants20. Si les occidentaux ont principalement retenu les évènements qui suivront et attachent une importance toute relative à la bataille du mont Abarran, celle-ci est gravée dans la tradition orale rifaine. Peut-être l’explication de ceci réside-t-elle dans le fait que, pour les Riffains, il s’agit de la première grande victoire, porteuse d’espoir ?
Après cette victoire, les Temsamane s’allient directement avec les Beni Ouariaghel. Cette désertion de la harka amie des espagnols montre la fragilité de la méthode espagnole dans ses conquêtes.

Dans la nuit du 14 au 15 juin 1921, les Riffains s’installent sur la colline de Sidi Brahim. Or, l’armée espagnole utilise cette colline comme base relais la journée, afin d’approvisionner le poste d’Igueriben. Tous les matins, des soldats partent d’Anoual pour Sidi Brahim, y montent la garde toute la journée avant de rentrer le soir à Anoual. Il faut savoir que le poste d’Igueriben, situé à quelques kilomètres d’Anoual, entre les territoires des Beni Touzine et des Timsamane, est complètement dépourvu en eau. Les ravitaillements organisés depuis Anoual, par mulets, constituent le seul moyen d’accès à l’eau du poste. Le bon déroulement de ces ravitaillements est donc indispensable à la survie même des hommes du poste. Il faut rappeler que le climat de la région est assez rude et la chaleur à laquelle doivent faire face les soldats particulièrement élevée. La question de l’accès à l’eau est donc vitale, car les hommes ne peuvent pas compter sur d’éventuelles pluies ni résister très longtemps à des conditions climatiques plutôt extrêmes en plein été dans cette région du pays. De plus, au delà du problème d’eau, tout ce dont dispose le poste provient des ravitaillements, et notamment les munitions.
L’installation des Riffains sur la colline coupe les soldats d’Igueriben de ces précieux ravitaillements. Les Espagnols sont obligés de contourner les Riffains par un chemin particulièrement accidenté pour rejoindre le poste. Les combattants riffains peuvent alors harceler de leurs balles les ravitaillements déjà rendus difficiles.

Le 17 juillet 1921, les Espagnols font une première tentative de sauvetage en envoyant une colonne de ravitaillement depuis Anoual en direction du poste d’Igueriben. Cette importante colonne d’hommes et de mulets est chargée de munitions mais surtout d’eau, indispensable aux troupes, Igueriben n’ayant pas d’accès à l’eau. Cette colonne menée par le capitaine Cebollinos von Lindeman est attaquée avec une telle efficacité que les survivants ne parviendront à sauver que quelques dizaines de litres d’eau, au prix de pertes humaines et matérielles énormes.
Le 18 juillet, une nouvelle colonne est envoyée mais doit rebrousser chemin sous les coups de feu riffains.
Le 19 juillet, 7 compagnies, armées cette fois de mitraillettes, tentent à nouveau le passage, et à nouveau doivent faire face au déluge de balles.
Mais Silvestre n’arrive toujours pas à leur faire parvenir des renforts.


1 Jacques Frémeaux, L’enjeu colonial dans la diplomatie française pendant la Première Guerre mondiale – Conférence donnée par M. Jacques Frémeaux, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Paris IV-Sorbonne (à l’Association des Amis des Archives diplomatiques, 23 novembre 2006), 2006, p. 14

2 María Rosa de Madariaga, España y el Rif – Crónica de una historia casi olvidada – Segunda edición ampliada, Espagne, Ciudad autónoma de Melilla-UNED-Centro asociado de Melilla, coll. « La Biblioteca de Melilla », 2000, p. 484

3 Ibid., p. 486

4 Foreign Office (Ministère britannique des Affaires Etrangères) 371/3846, Lettre du consul britannique à Tanger au comte Curzon of Kedleston en date du 29 janvier 1920 in María Rosa de Madariaga, España y el Rif – Crónica de una historia casi olvidada – Segunda edición ampliada, op. cit., p.487

5 Bureau des Affaires Indigènes

6 María Rosa de Madariaga, España y el Rif – Crónica de una historia casi olvidada – Segunda edición ampliada, op. cit., p. 450

7 Ibid.

8 María Rosa de Madariaga, España y el Rif – Crónica de una historia casi olvidada – Segunda edición ampliada, op. cit., p. 452

9 María Rosa de Madariaga, L’Espagne et le Rif , pénétration coloniale et résistances locales (1909-1921), 1987, p. 167

10 Attention à ne pas confondre. Il existe 2 Nador au Maroc.

11 María Rosa de Madariaga, L’Espagne et le Rif , pénétration coloniale et résistances locales (1909-1921), op. cit., p. 162, volume 2

12 María Rosa de Madariaga, España y el Rif – Crónica de una historia casi olvidada – Segunda edición ampliada, Espagne, Ciudad autónoma de Melilla-UNED-Centro asociado de Melilla, coll. « La Biblioteca de Melilla », 2000, p. 454

13 María Rosa de Madariaga, L’Espagne et le Rif , pénétration coloniale et résistances locales (1909-1921), 1987, p. 163

14 María Rosa de Madariaga, España y el Rif – Crónica de una historia casi olvidada – Segunda edición ampliada, Espagne, Ciudad autónoma de Melilla-UNED-Centro asociado de Melilla, coll. « La Biblioteca de Melilla », 2000, p. 455

15 Ibid., p. 459-460

16 Ibid., p. 461

17 Ibid., p. 502

18 Forces régulières indigènes de l’armée espagnole.

19 María Rosa de Madariaga, España y el Rif – Crónica de una historia casi olvidada – Segunda edición ampliada, Espagne, Ciudad autónoma de Melilla-UNED-Centro asociado de Melilla, coll. « La Biblioteca de Melilla », 2000, p. 462-463

20 Les Rifains ont une culture orale particulièrement importante.